samedi 28 février 2026

L’Aquila Volante de Leonardo Bruni, un succès éditorial (1535)

Un petit ouvrage in octavo, habillé d’un simple vélin fripé comme je les aime, a rejoint la bibliothèque. Ce fut un grand succès de librairie durant la première moitié du XVIème siècle. Il convient aujourd’hui aux bibliophiles qui ne veulent pas se prendre la tête avec des ouvrages d’histoire romaine en latin.

 

Page de titre de l'édition de 1535

Dans le panorama intellectuel de la Renaissance italienne, Leonardo Bruni (1370-1444) occupe une place dominante en tant que chancelier de la République florentine et historien de premier plan. Ses Historiae Florentini populi libri XII, composées en latin cicéronien, ainsi que ses traductions du grec (Platon, Aristote, Plutarque) incarnent l’idéal humaniste de la redécouverte de l’Antiquité. Pourtant, l’Aquila volante (L’Aigle volant), se distingue radicalement de ce corpus savant. Présentée comme une traduction du latin en langue italienne, di latino nella volgar lingua dal magnifico et eloquentissimo messer Leonardo Arentino, dès la première édition imprimée, elle relève d’une tradition pseudo-épigraphique courante au XVe siècle : l’attribution à une autorité reconnue pour conférer prestige et légitimité à un texte de diffusion populaire.

Le texte constitue en réalité une réécriture en prose vulgaire d’une chronique médiévale majeure, la Fiorita d’Italia de Guido da Pisa (début XIVe siècle), elle-même inspirée de Virgile, de l’Historia destructionis Troiae de Guido delle Colonne et de compilations encyclopédiques antérieures. Structuré comme un survol panoramique de l’histoire universelle, le contenu mêle récits mythologiques (fables de Saturne et Jupiter), épisodes épiques (guerres des Grecs et des Troyens) et histoire romaine jusqu’au règne de Néron. L’auteur organise et commente ces matériaux en les reliant par des renvois littéraires : la Divine Comédie de Dante et l’Énéide de Virgile servent souvent de substrat et d’autorité textuelle, ce qui donne au livre une tonalité humaniste et moralisante.

l’Aquila volante emprunte son titre et sa métaphore centrale à la symbolique dantesque. L’aigle, figure de l’Empire juste (Purgatoire VI et Paradis), évoque ici le regard élevé, synthétique, à vol d’aigle, qui embrasse l’histoire sans se perdre dans le détail érudit. Cette perspective aérienne répond aux aspirations d’un public lettré mais non latiniste : marchands, courtisans, dames de la noblesse, qui souhaitent s’approprier l’héritage antique sans devoir lire des sommes latines indigeste et des gloses sans fin des œuvres humanistes classiques.

Adresse au Lecteur

Liber primus

Début du Livre II

Composé probablement dans le courant du XVe siècle (les premiers manuscrits datent des années 1440-1470), l’ouvrage s’inscrit dans un courant plus large de volgarizzamento qui, après les traductions de Boccace et de Villani, vise à démocratiser le savoir historique et mythologique. Il glorifie particulièrement l’histoire romaine, tout en intégrant des citations étendues de Dante et du Tesoro de Brunetto Latini.

L’attribution de l’Aquila volante à Leonardo Bruni demeure problématique et fait l’objet de réserves dans la critique moderne depuis le XIXème siècle (Brunet). Bien que toutes les éditions anciennes aient transmis le texte sous son nom, les spécialistes de l’humanisme florentin ont exprimé des doutes fondés sur des arguments stylistiques et philologiques. En effet, le ton, la structure et la langue de l’œuvre présentent des caractéristiques plus proches de la tradition allégorique médiévale que de l’humanisme classique et du latin élégant qui distinguent les écrits authentifiés de Bruni.

Par ailleurs, la proximité de plusieurs passages avec des textes du Trecento, notamment dans l’orbite de Guido da Pisa, désigne une tradition textuelle plus complexe. Bref, sans qu’une démonstration définitive ait été apportée pour exclure formellement Bruni, qui a pu intervenir comme compilateur, l’attribution repose aujourd’hui davantage sur une tradition éditoriale ancienne que sur des preuves critiques décisives. Nous retiendrons qu’il s’agit d’un produit hybride, mi-médiéval mi-humaniste, parfaitement adapté à l’essor de l’imprimerie vénitienne.

Le succès commercial de l’Aquila volante est attesté par la multiplicité et la rapidité de ses éditions. Nous pouvons distinguer deux phases de l’évolution éditoriale. Dans une première phase figurent les éditions de luxe de la période incunable et post-incunable (1492-1517) dans des formats in-folio ou in-quarto.

Imprimée pour la première fois à Naples en 1492 chez Ayolfo de Cantono (Dans un format in-folio, agrémenté d’un superbe bois gravé représentant un aigle couronné et une bordure historiée d’une richesse étonnante), l’œuvre connaît immédiatement un écho favorable. L’édition de Milan de 1495, même format, complétée par Allegretto Salensis, est encore de diffusion restreinte mais dès le début du Cinquecento, Venise – capitale européenne de l’imprimerie – prend le relais : Nous retrouvons ainsi une édition in-quarto chez Petrus de Quarengiis en 1506, puis en 1508, suivie d’une version chez Alessandro Paganino II en 1517. Ces tirages successifs, souvent ornés d’initiales xylographiques et de marques d’imprimeurs soignées, témoignent d’une demande soutenue.

Le pic de popularité intervient dans les années 1530-1540 avec la série des éditions Sessa. Melchiorre (ou Marchio) Sessa, membre d’une dynastie d’imprimeurs vénitiens réputés pour leurs livres populaires et illustrés, en propose au moins cinq réimpressions entre 1531 et 1549. Ce phénomène éditorial n’est pas isolé : il s’inscrit dans la vague des libri di battaglia et des chroniques universelles en langue vulgaire qui, à l’instar des Fiorite ou des Cronache de Giovanni Villani, saturent le marché vénitien. Le format réduit, le prix modéré et la langue accessible expliquent ce succès auprès d’un lectorat élargi, bien au-delà des cercles humanistes florentins ou romains. L’ouvrage circule également hors d’Italie puisque nous retrouvons des exemplaires dans des bibliothèques françaises (BnF, Arsenal) et anglaises, par exemple, mais il n’existe aucune traduction française ou latine connue pendant cette période ; l’œuvre reste un phénomène strictement italien.

Marque finale

Reliure en vélin

Ainsi, après une première édition de 1531 sans page de titre et de composition éditoriale incertaine, l’édition de 1535, qui nous intéresse particulièrement, est la plus soignée de la série, elle sera suivie de réimpressions quasi identiques en 1539, 1543 et 1549. Ces versions de poche abandonnent le grand format de prestige au profit d’ouvrages plus maniables et surtout meilleur marché, typiques de la stratégie commerciale des Sessa (qui publient également des Orlando innamorato, des Decamero, etc.).

L’édition vénitienne de 1535 de Marchio Sessa représente l’aboutissement esthétique et commercial de cette tradition. Format in-8° (15,5 × 10,5 cm), 12 feuillets liminaires non chiffrés (titre et table), suivis de 211 feuillets pour les trois livres et d’un dernier feuillet avec la marque de l’imprimeur. La table de notre exemplaire en 11 feuillets a été mal reliée en début d’ouvrage pour les sept premiers feuillets, deux autres feuillets ont été placés entre les ff. 208-209 et les deux derniers en fin de volume. De quoi donner quelques frayeurs au moment de la collation.

La typographie est caractéristique de la maturité vénitienne des années 1530 : un caractère italique de corps 10 d’une belle lisibilité, inspiré des modèles aldins. Les entame de chapitres sont agrémentés de lettrines ornées de motifs floraux ou géométriques simples. Le texte est encadré de bonnes marges pour favoriser l’annotation manuscrite.

Trois générations d’imprimeurs originaires de Sessa près de Lugano, se succédèrent à Venise, dont Melchiorre, le père [1]. Puis, ses fils Giovanni Battista et Melchior travaillèrent avec lui. On trouve également la trace d’un autre frère, Giovanni Bernardo, La dynastie des Sessa a utilisé une marque typographique devenue célèbre, celle d’un chat, symbole de vigilance, gardien de la bibliothèque qui comme chacun sait est infestée de souris. A l’origine, la gravure était d’un style maladroit et naïf, un animal plus ou moins reconnaissable tenait une souris dans sa gueule. Cette marque a évolué dans la version que l’on voit sur la page de titre de l’édition de 1535, répétée en fin de volume. Un chat toutes griffes dehors saute sur la souris, accompagné de la devise Dissimulius in Fida Societas (Je feins une sincère compagnie). Par la suite une troisième version de la marque, moins agressive, montrera un chat assis, la queue élégamment enroulée autour de lui.

L’Aigle de l’Arétin, après avoir survolé avec majesté les mythes et les histoires du monde a eu la bonne idée d’atterrir dans les rayonnages de ma bibliothèque. Il trouve sa place à côté d’autres œuvres de Leonardo Bruni que nous évoquerons prochainement.

Bonne journée,

Textor



[1] Voir à son sujet Silvia Curi Nicolardi : Melchiorre Sessa tipografo ed editore (Venezia 1506-1555). Mimesis - octobre 2019

Marque d'appartenance de Théodore de Bauffremont-Courtenay (1793-1853), 
avec sa devise familiale : « Dieu ayde au premier chrestien » et le cri : « Plus de deuil que de joye ».


jeudi 29 janvier 2026

Notes de Lecture : Entre l’Atelier et le Lecteur de Malcolm Walsby.

 

Malcolm Walsby, historien du livre et directeur de la recherche à l’Enssib, nous avait habitué à ses petits articles pittoresques publiés sur le site Hypothèses qu’il tire de ses recherches - que nous imaginons minutieuses - dans les documents d’archives : Le verlan au XVIème siècle, une dispute entre macrelles dans l’Auvergne de 1576, l’épopée d’un navire marchand ou les pratiques déloyales des commerçants de la laine d’autruche en 1571. Il revient cette fois avec un ouvrage de fond qui passionneront nécessairement les bibliophiles : le chemin suivi par le livre de l’atelier au lecteur [1].

 

Le dernier ouvrage de Malcolm Walsby  

L’histoire du livre ne se limite pas à l’étude de la typographie, des gravures et des reliures, elle implique une réflexion plus large sur les conditions matérielles de la diffusion de l’écrit, sous un angle à la fois économique et social.

L’auteur suit donc le livre sur ce chemin complexe depuis sa fabrication dans l’atelier d’imprimerie jusqu’à sa réception par le lecteur, en cherchant à montrer que le livre est le résultat d’un processus collectif et dynamique, dans lequel la production, la circulation et la lecture participent conjointement à la construction du livre-objet que nous aimons en tant que bibliophiles parce que nous nous plaisons à imaginer ce parcours lorsque nous avons un ouvrage entre les mains…

Pour répondre à cette problématique, il analyse d’abord le rôle central de l’atelier et de l’imprimeur dans la fabrication du livre. Il nous emmène dans l’une de ces officines mal éclairées de la rue St Jacques où s’activent pêle-mêle une foule de petites mains, compositeurs, correcteurs, pressiers, l’atelier apparaît comme un espace de travail collectif, organisé et soumis à de nombreuses contraintes techniques et économiques. Nous savions que le papier était cher mais non pas qu’il représentait près des deux tiers du cout de fabrication d’une édition. Mieux valait bien négocier la balle de papier. Bien rodé, un atelier pouvait sortir jusqu’à 1500 feuilles recto-verso par jour pour un in-folio, il fallait donc environ trois mois pour publier 1300 exemplaires d’un bon traité de scolastique de 400 pages.

Il compare les pratiques parfois différentes des imprimeurs parisiens et lyonnais, les premiers étant peut-être plus conservateurs quand les seconds étaient plus innovants.

 

Le mercier-marchand de livres
 tiré du Catalogus Gloriae Mundi de Barthélémy Chasseneux (Lyon, 1546)

Rien ne sert de produire si le livre ne se vend pas. Il faut donc bien calculer son marché. L’auteur insiste particulièrement sur le rôle de l’imprimeur-éditeur, figure centrale du processus. Celui-ci ne se contente pas d’imprimer un texte existant, mais prend des décisions économiques cruciales : il lui faut choisir soigneusement les œuvres à publier, sentir l’air du temps, les idées et les débats du moment, mais aussi le bon format du livre, la qualité du papier ou encore la typographie qui fait mouche dans l’œil du lecteur. Ces choix répondent à des impératifs financiers mais aussi politiques et religieux. La censure, qu’elle soit officielle ou intériorisée, pèse fortement sur la production imprimée et conduit à des choix éditoriaux, voire parfois à des modifications du texte original.

Il ne faut rien négliger, tous les détails comptent comme l’enseigne de la boutique qui doit donner envie d’entrer : le Soleil d’Or, A l’Enseigne de St Christophe, A la Poulle Grasse. Nous avons même le plan détaillé de la librairie idéale, celle de Jean Luquet en 1551 à Nimes avec sa porte en noyer, ses tabliers-présentoirs, ses coudières et ses colonnes toscanes.

La boutique du libraire n’est pas le seul lieu de diffusion du livre. Il existe des circuits de diffusion multiples qui conditionnent son accès au public. L’auteur analyse ces réseaux de circulation, qui incluent les foires du livre et les colporteurs, bien sûr, mais aussi des lieux moins conventionnels comme les bancs ou les colonnes des Cours et Parlements. Ce sont les Parlements eux-mêmes qui affermaient ces espaces pour compléter leurs revenus.

Evidemment, le choix du canal de distribution jouait un rôle essentiel dans la transmission des œuvres, mais aussi dans la sélection des publics auxquels elles étaient destinées.

Plus curieusement encore, vous pouviez acheter des livres chez les merciers. Qui dit livre dit papier et qui dit papier dit chiffon, il y avait donc une certaine logique à les trouver chez les merciers et nul besoin que le livre soit flambant neuf, il existait déjà un marché de la seconde main, et pas seulement chez les chiffonniers.

Il fallait débourser une belle somme, comptée en livre tournois, pour acquérir le livre convoité. Le libraire pouvait faire crédit mais tout dépendait de la bonne mine du client. Le prix, le format et la langue déterminaient l’ampleur du lectorat. Certains genres — religieux, scolaires, pratiques — sont privilégiés car ils assurent des ventes régulières. Les ouvrages de petit format et à faible coût favorisaient une diffusion plus large, tandis que des textes jugés trop spécialisés ou politiquement sensibles étaient plus difficile à écouler.

La distribution dépendait aussi du bon réseau du libraire. Malcolm Walsby étudie dans le détail ces réseaux de diffusion qui s’étendent très loin. Il ne s’agit pas seulement de partager une édition à dix libraires parisiens comme l’édition bon marché du Rommant de la Rose de 1538, mais bien de produire dans une ville et de vendre dans une autre. Les liens entre les libraires de Paris, Rouen et Rennes sont connus [2]. L’analyse du nombre de libraires versus la densité de population dans les centres intellectuels révèle quelques surprises.   

Tous ne réussissaient pas en affaires, loin de là, il y avait beaucoup de libraires pauvres et encore plus de faillites, le cas de Hugues Barbou, libraire à Limoges, qui décrit dans son livre de raison les sommes astronomiques dépensées pour acheter et embellir sa maison montre qu’on pouvait aussi prospérer dans le monde de l’édition.


Le privilège donné à Jehan de Tournes rédigé en caractères de civilité

 

Le privilège accordé à Denys Janot pour l'Histoire de Polybe (1540)

Un chapitre a retenu particulièrement notre attention : la concurrence acharnée de ce trop grand nombre de producteurs-vendeurs qui les obligeait à se prémunir des plagiats et des contrefaçons - car il y avait beaucoup de pratiques déloyales dans ce domaine comme dans celui du commerce de la laine d’autruche – en se faisant délivrer un privilège du roi.  

Le privilège du libraire est un élément qui attire souvent l’œil du bibliophile, non pas tant pour sa rédaction ou pour son style, très juridique et assez standardisé mais parce que l’imprimeur voulant bien attirer l’attention de ses confrères sur le fait qu’il avait obtenu du roi un privilège pour plusieurs années, le faisait apparaitre de manière « voyante » dans le livre. Souvent le privilège se détache sur une seule page encadrée d’une belle marge. La typographie en est différente du reste de l’ouvrage, parfois agrémentée de culs-de-lampe, d’un hedera introductif ou de fleurs de lys comme dans cet exemple de l’imprimeur Denys Janot. Ailleurs, le texte sera rédigé en caractères de civilité, chez Jean de Tournes pour la Chronique de Savoye.

Le texte, souvent un abrégé de l’acte original, peut parait formel mais il est tout de même assez changeant d’un exemple à l’autre et mérite une lecture attentive. Si le détenteur était en général le libraire-éditeur et le roi ou un parlement l'autorité qui décernait l'acte, les autres paramètres variaient beaucoup plus, notamment la motivation donnée par le pétitionnaire : La place accordée aux motifs économiques est frappante, elle met en avant le travail accompli et les dépenses consenties pour transformer un texte en édition imprimée. Jean de Gagny indiquait parfois l'importance des frais de voyage liés à la découverte du manuscrit original qu’il fallait bien aller dénicher dans une bibliothèque monastique. 

Dans sa demande de privilège en 1584, pour un récit d’actualité sur la mort de Guillaume d’Orange, le libraire Pierre Jobert, évoquait ainsi les grands fraiz qu'il avait soutenus pour obtenir un discour fort bref. Il entendait par là le dédommagement de ses informateurs et les frais de traduction qu’il avait dû exposer.

Le privilège accordé à Jehan de la Garde en 1515.

Parfois le privilège dépasse le cadre de la protection du l’édition et se mêle d’encadrer le prix du livre. C’est le cas du privilège de 1516 des Grandes Chroniques de Savoye de Symphorien Champier évoqué dans un post récent de ce site [3] où le Parlement fixa dans le privilège accordé pour trois ans à Jehan de la Garde une clause assez rare de prix maximum : Ouy le rapport de certain commissaire lequel a visité ledict livre, et tout considéré la cour a permis et permet audit de la Garde de faire imprimer et exposer en vente ledict livre pourveu qu’il ne le pourra vendre plus hault de huict soulz parisis.

Dans la dernière partie de son ouvrage, Malcolm Walsby accorde une place à l’influence du pouvoir sur l’édition, obligeant l’éditeur à déjouer les contrôles par de multiples ruses, anonymat, fausses adresses. Le risque était grand et il valait mieux avoir une police typographiques dédiée à ces éditions cachées pour ne pas se faire repérer.

Difficile d’appréhender en trois pages la richesse de la réflexion et la mine d’informations que nous donne Entre l’Atelier et le Lecteur, Malcolm Walsby propose une conception renouvelée de l’histoire du livre vu sous le prisme économique et social où le libraire, ce passeur de textes qui existait bien avant l’imprimerie, est le personnage-clé de la médiation où se construit et se transforme les savoirs.

 Bonne journée,

 Textor



[1] Entre l’Atelier et le Lecteur, le commerce du livre imprimé dans la France de la Renaissance par Malcolm Walsby, collection Histoire, Presses Universitaires de Rennes, sept. 2025.

[2] Voir l’article de ce site sur la coutume de Bretagne, Bibliotheca Textoriana Juin 2023.

[3] Bibliotheca Textoriana, Juillet 2025.

mercredi 24 décembre 2025

 

La bibliotheca Textoriana vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année

Un joyeux Noël

et une année 2026 remplie de plaisirs bibliophiliques




La Création du Monde tirée des Grans croniques des gestes et vertueux faictz des tresexcellens catholicques illustres et victorieux ducz et princes des pays de Savoye et Piémont… 
de Symphorien Champier, dédié à Louise de Savoie et nouvellement imprimées à Paris pour Jehan de La Garde. (1516). Imprimeur Gillet Cousteau, illustré de bois provenant du fonds d’Antoine Verard. (F°bii v°)

samedi 22 novembre 2025

La Divination des démons par saint Augustin (1491)

La maison de ventes aux enchères Ader proposera mercredi prochain un exemplaire des œuvres de Saint Augustin dans la première édition de Martin Flach publiée à Strasbourg en 1489.

Il s’agit de l'une des deux éditions publiées par cet imprimeur, imprimées en caractères gothiques sur deux colonnes, à 49 lignes. L’exemplaire a retenu mon attention car il se trouve que la Bibliotheca Textoriana conserve la seconde édition parue seulement deux ans plus tard, le 11 août 1491. 

Incipit de l'opuscule

Le traité sur les démons occupe 5 pages dans cette édition. 

L’ouvrage intitulé Aurelii Augustini Opuscula Plurima renferme l'essentiel de l'œuvre de saint Augustin, notamment les Meditationes, les Soliloquia, mais sans la Cité de Dieu (De civitate deis) ainsi que divers opuscules attribués à l’évêque d’Hippone mais qui ont été écrits par d’autres auteurs qu’il est parfois difficile d’identifier. En annexe de cet article, figure la liste des 32 traités et leur attribution possible.

Parmi ces traités, le rédacteur de la notice de la vente a mis en avant un texte particulier : La Divination des démons (De divinatione demonum). C’est un petit traité de saint Augustin, court mais dense, rédigé vraisemblablement autour de 406–411 qui s’inscrit dans le vaste ensemble des œuvres antipaïennes du Père de l’Église.

Un matin, pendant nos saints jours d’octaves, un certain nombre de nos frères laïques se trouvaient chez moi réunis au lieu habituel de nos séances, quand la conversation tomba sur notre sainte religion comparée à cette science si présomptueuse des païens, qu’on nous présente comme étonnante et vraiment sérieuse. J’ai cru devoir rédiger par écrit et même compléter les souvenirs que cette conversation m’a laissés. Je tairai cependant le nom de mes honorables contradicteurs, bien qu’ils fussent de vrais chrétiens, et que leurs objections eussent plutôt pour but d’arriver à mieux connaître ce qu’il faut répondre aux païens [1].

Explicit de la Divination des Démons

L’enjeu du texte est de déterminer si les démons sont capables de divination et, si oui, en quel sens et jusqu’à quel point ils peuvent prédire l’avenir. Vaste question qui passionne encore aujourd’hui les bibliophiles amateurs d’ésotérisme.

Il faut se souvenir qu’à l’époque d’Augustin, au sortir de l’époque romaine, la religion et la divination sont étroitement liés. On ne part pas au combat sans avoir consulté les dieux et on ne vote pas aux élections avant l’examen des entrailles d’un poulet. Les prédictions extraordinaires, les augures, les oracles, les prodiges et les pressentiments sont attribués par ses contemporains à une capacité surnaturelle des esprits ; Augustin veut montrer que les démons ne savent jamais réellement l’avenir mais qu’ils manipulent les hommes par ruse, observation, illusion et tromperie.

Ce traité constitue un moment important de la réflexion augustinienne sur le discernement des esprits, sur la nature du mal, et sur le rapport de la liberté humaine aux influences spirituelles :

Dieu permet que les démons devinent, et qu’il leur soit rendu un certain culte : mais il ne suit pas de là que ces divinations et ce culte soient dans l’ordre [2].

Reliure de peau de truie estampée sur hais de bois. 

Ce qui fait tout le piquant du texte à notre époque matérialiste c’est qu’Augustin ne remet pas en cause l’existence des démons mais qu’il s’appuie sur la tradition chrétienne et les Ecritures pour contester leurs pouvoirs réels. Les démons sont des créatures spirituelles, des anges déchus qui, par leur révolte, ont perdu la béatitude mais non leurs facultés naturelles. Ils restent des esprits intelligents, capables de se déplacer avec une vitesse et une précision bien supérieure à celles des humains. Des super-héros en quelque sorte. Ils ne peuvent pas être mauvais en soi, puisque Dieu ne crée rien de mauvais, mais ils ont mis leur intelligence au service des passions exacerbées.

La question centrale de ce traité est de savoir si les démons peuvent prédire l’avenir ? La réponse est simple : Ils ne connaissent pas le futur, car seul Dieu le connaît. Les créatures, même spirituelles, ne voient l’avenir qu'à travers des indices présents. Les démons n’ont donc aucune vision directe du futur.

Mais alors, si les démons ne sont pas omniscients, comment expliquer que certaines de leurs prédictions se réalisent ? En fait, les démons sont de très bons observateurs. Ils voient ce que les humains ne voient pas : les mouvements subtils des corps ; les signes invisibles annonçant un événement naturel ; les pensées ou émotions qui transparaissent dans un visage, un geste, une attitude. Ils peuvent donc prédire ce que l’esprit humain, même très habile, ne pourrait deviner.

De plus, ils sont capables d’avoir une action sur les choses matérielles, comme faire tomber les livres de la bibliothèque, par exemple.

La pensée de Saint Augustin reste encore d’actualité à notre époque de sur-information pour comprendre ce qu’il appelle la curiositas, cette tentation humaine de dépasser les limites légitimes du savoir. Le traité pose ainsi une question universelle : qu’est-ce qui pousse l’homme à se tourner vers des illusions plutôt que vers le factuel ?

Je conclurais cette rapide présentation du De divinatione demonum, en conseillant de se garder des démons, de rester vigilant et d’acheter des traités comme cet incunable de Martin Flach, si possible pendant le Black Friday, pour savoir reconnaitre les signes….

Bonne journée,

Textor



Annexe : La liste des traités contenus dans l’Aurelii Augustini opuscula plurima de Martin Flach, édition de 1491.

1- Augustin d'Hippone [Pseudo]. Meditationes (incipit Domine deus da cordi meo. ).

2- Augustin d'Hippone [Pseudo]. Soliloquia (incipit Cognoscam te. ).

3- Augustin d'Hippone [Pseudo]. Manuale (version augmentée : cap. 1-36)

4- Augustin d'Hippone. Enchiridion de fide, spe et caritate

5- Augustin d'Hippone [Pseudo] (= Patrice, évêque de Dublin ?). De triplici habitaculo,

6- Augustin d'Hippone [Pseudo] (= Guigues II, prieur de Chartreuse). Scala paradisi

7- Augustin d'Hippone [Pseudo]. De duodecim abusionum gradibus

8- Augustin d'Hippone. De beata vita

9- Augustin d'Hippone [Pseudo]. De assumptione Beatae Virginis Mariae

10- Augustin d'Hippone. De divinatione daemonum contra paganos,

11- Augustin d'Hippone [Pseudo] (= Césaire d'Arles). [De fuga mulierum : ] De honestate mulierum,

12- Augustin d'Hippone. De cura pro mortuis gerenda,

13- Augustin d'Hippone [Pseudo]. De vera et falsa poenitentia,

14- Augustin d'Hippone [Pseudo]. De contritione cordis,

15- Augustin d'Hippone [Pseudo]. De contemptu mundi,

16-Augustin d'Hippone [Pseudo] (= Césaire d'Arles). De convenientia decem praeceptorum et decem plagarum Aegypti,

17- Augustin d'Hippone [Pseudo]. (= Honorius d'Augsbourg). De cognitione verae vitae,

18- Augustin d'Hippone. Confessiones

19- Augustin d'Hippone. De doctrina christiana (lib. I-IV),

20- Augustin d'Hippone [Pseudo] (= Fulgence de Ruspe). De fide ad Petrum,

21- Augustin d'Hippone. Sermones de vita et moribus clericorum (I-II)

22- Augustin d'Hippone. De vera religione

23- Augustin d'Hippone [Pseudo]. De spiritu et anima,

24- Augustin d'Hippone [Pseudo] (= Pelage ?). De vita christiana,

25- Augustin d'Hippone [Pseudo] (= Gennade de Marseille). De ecclesiaticis dogmatibus (1ère recension augmentée)

26- Augustin d'Hippone. De disciplina christiana,

27- Augustin d'Hippone. Sermo de caritate,

28- Augustin d'Hippone. Sermo de decem chordis,

29- Augustin d'Hippone [Pseudo] (= Césaire d'Arles). De ebrietate (incipit Frequenter caritatem vestram. ),

30- Augustin d'Hippone [Pseudo]. De vanitate saeculi,

31- Augustin d'Hippone [Pseudo] (= Jérôme de Strydon). De Oboedientia et humilitate,

32- Augustin d'Hippone. De agone christiano,

La vie d'Augustin par Possidius occupe les f 259r2 à 267v2

Par rapport à la première édition, l’imprimeur a supprimé deux textes concernant la règle de St Augustin : De bono discipline et le Regula de communi vita clericorum

 


[1]Traduction tirée des Œuvres complètes de Saint Augustin, Texte établi par Raulx, L. Guérin & Cie, 1868 (p. 271-279).

[2] Raulx, 1868 op. cit.

mercredi 29 octobre 2025

Le Notitia Dignitatum de Gelenius (1552)

Le livre présenté ce mois-ci conjugue plusieurs qualités qui le font rechercher des bibliophiles : Un ouvrage historique tiré d’un manuscrit perdu de l’Antiquité tardive, une riche iconographique, un sujet qui concerne pour partie l’histoire du livre. 

Page de titre de l'édition de Froben, 1552

Le titre complet est Notitia utraque cum Orientis tum Occidentis ultra arcadii honoriique cæsarum tempora, illustre vetustatis monumentum, imo thesaurus prorsum incomparabilis, abrégé en Notita Dignitatum, le Registre des Dignitaires. C’est un document sur l’Empire romain exhumé par Sigismondis Genelius (Sigismond Gelensky), un ancien correcteur de l’éditeur bâlois Froben, qui recense, pour les parties orientale et occidentale de l’empire, les dignités civiles et militaires, autrement dit les principaux postes et administrations des romains.

L’objectif était de déterminer des règles de préséances entre dignitaires de l’Empire. Il devait servir au notaire impérial qui avait dans ses fonctions la responsabilité de rédiger les brevets de nomination des hauts fonctionnaires. Il donne ainsi un aperçu organisationnel concret de l’administration romaine, décrivant les strates territoriales, ministères, préfectures, diocèses, et distinguant ce qui appartient aux autorités civiles (préfets du prétoire, vicaires de diocèses, etc.) et aux unités militaires (Les unités comme les limitanei, c’est à dire les troupes frontalières par distinction avec les comitatenses, les troupes mobiles et les grades de commandement : magistri militum, duces, comites, etc.).

Les insignes des dignités

Le livre à l'image de l'empereur, symbole du pouvoir judiciaire

Nous savons que l’original remonte à la fin du IVème siècle ou tout début du Vème siècle pour l’empire d’Orient, marqué par la réconciliation entre Honorius et Arcadius, comme le rappelle le titre de notre exemplaire, puis l’ouvrage a pu être envoyé en occident, possiblement autour des années 420, pour être complété. Il s’agit d’une œuvre unique en deux parties.

C’est une source d’information importante sur le bas-empire romain malgré sa probable altération au fil du temps. Le texte, remanié anciennement, n’est pas toujours très cohérent, notamment pour la partie concernant l’occident qui a été rédigée à une date postérieure. Il a été constaté des manques ou des oublis de copistes.

Genelius a puisé dans un manuscrit tardif du IXe siècle qui se serait retrouvé à Ravenne où il aurait servi aux Carolingiens après 800 comme modèle pour l’organisation du nouvel Empire créé par Charlemagne. Il était conservé à l’époque de Genelius dans la bibliothèque de Spire mais il est aujourd’hui perdu et connu seulement par 4 copies du XVème et XVIème siècle. (Oxford, Munich, Paris, Vienne).

 Genelius a complété ce texte administratif par différentes œuvres sur des sujets connexes :

-         - La Description des provinces d'Illyrie, par Beatus Rhenanus. Cet humaniste de Sélestat qui léguera l’intégralité de sa bibliothèque à sa ville natale, soit 670 volumes constituant encore aujourd’hui le fonds ancien de la bibliothèque municipale, était un ami d’Erasme. Son texte sur les provinces illyriennes, publié 5 ans après sa mort, ici en édition originale, constitue son dernier écrit, Genelius l’a placé dans les pièces liminaires,

-         Un traité d'Alciat sur l'organisation militaire,

-     La topographie de Rome (Descriptio Urbis Romae) par Publius Victor, auteur ayant vécu sous Constantin et qui donne un descriptif des quartiers de la ville de Rome sous forme d’énumération,

-         Une description de Constantinople, d’un auteur inconnu, sur le même principe de l’énumération,

-       Un traité des affaires militaires (De Rebus Bellicis) d'un auteur incertain (incerto autore annonce le titre), dans lequel nous découvrons un navire à roues très novateur, premier exemple de propulsion sans rame ni voile qui inspira Leonard de Vinci et des exemples de balistes, sorte de char de combat aux lames redoutables. Malgré son titre et les gravures qui l’illustrent, le livre est principalement un traité d’économie sur la maitrise de la dépense publique…

-     Enfin, les deux dernières pages constituent la première publication d'une suite d'énigmes conçues sous forme d’un dialogue supposé entre l'empereur Hadrien et le philosophe Epictète : Altercatio Adriani Augusti et Epicteti philosophi, présenté comme inclus dans le manuscrit antique et pour n’en rien omettre. (ne quid de antico exemplari omitteretur). Il s’agit de questions et de réponses courtes : Qu’est-ce que la fortune ? Qu’est-ce que la mort ? Qu’est-ce que le ciel et les étoiles ? La réponse est poétique, parfois étrange. Qu’est-ce que l’homme ? C’est une lampe à huile ou une bougie allumée dans le vent. C’est une pomme pendue à un arbre qui tombera une fois mûre. Cette introduction à la philosophie stoïcienne a eu un succès certain à l’époque médiévale.

Les villes de l'Empire

Une baliste du De Rebus Bellici

Un bateau à roues

Dialogue entre l'Empereur Hadrien et le philosophe Epictète 

L’édition de 1552 de cet ensemble composite est la première édition complète et illustrée, et la plus recherchée du Notitia dignitatum en raison de son iconographie. Les 108 feuillets [1] contiennent une remarquable illustration comprenant 127 figures gravées sur bois, dont 89 à pleine page et 16 en demi-page. Bien que la reprise des dessins originaux ait pu être réinterprétée au fil du temps, ces images ont été abondamment étudiées [2].

L’énumération des postes des dignitaires est accompagnés d’insignes correspondant probablement à ce qui figurait sur les brevets de nomination de ces fonctionnaires et officiers. Ils sont suivis des boucliers des différentes unités placées sous leur commandement.

Certaines gravures représentent des vues de villes, comme Rome ou Constantinople. D’autres s’attachent à décrire les costumes antiques avec quelques libertés car ils font parfois penser à des tenues du XVIème siècle ! Quelques-unes sont signées du monogramme CS pour Conrad Schnitt [3] ; d'autres sont attribuées à l'atelier de Hans Rudolf Manuel Deutsch (Erlach 1525 - Berne 1571) qui travailla comme illustrateur pour l’imprimeur Heinrich Petri. Les figures d'armes et de machines militaires qui illustrent le De Rebus Bellicis ont été copiées par un artiste anonyme sur un manuscrit conservé aujourd'hui à Munich.



Gravure de Conrad Schnitt au monogramme CS. 

Détails des gravures qui sont d'une belle execution 

Conrad Schnitt (1495-1541) qui signait CS (Parfois CA pour Cunrad Appodecker au début de sa carrière) est un peintre et graveur sur bois né à Constance. Formé à Augsbourg, Il travailla avec Thomas Schmid et Ambrosius Holbein sur le cycle décoratif de la salle des fêtes de l'abbaye Saint-Georges à Stein-am-Rhein (1515-1516).

Mais c’est à travers les gravures sur bois destinées à illustrer des livres qu’il démontra ses talents de dessinateur. Il dessina et, probablement, grava les cartes de la Géographie de Ptolémée publiée par Sebastian Münster (1540) et exécuta de nombreuses gravures pour la première édition de la Cosmographie de ce dernier (parue en 1544).

Les gravures présentées ici ont été datées de 1536. Deux d’entre elles sont signées CS et plusieurs autres, de même facture mais non signées, pourraient être de la main de Conrad Schnitt ou de celle d’un assistant moins adroit.

Autre intérêt de ce livre qui n’avait pas échappé à Léon Gruel (1841-1923), la reproduction de rouleaux et de codex se rapportant aux origines du livre et de la reliure. Le relieur s'est servi dans son Manuel de l'amateur de reliures de cette iconographie pour expliquer les prémices des couvrures sur manuscrits [4] car les gravures des codex, avec leurs différentes lanières de cuirs, sont données avec beaucoup de détails.

Les multiples représentations du livre sont associées aux préfets du prétoire et montrent en tête des gravures ou dans leur coin supérieur un livre orné du portrait de l’empereur disposé sur une table richement recouverte. Dans la plupart des cas se trouve une colonne d’ivoire sculptée sur un trépied représentant l’écritoire de cérémonie qui symbolisait le pouvoir judiciaire. Sur une des pages figurent à la fois le rouleau (volumen) et le codex (volume relié en feuillets) comme pour rappeler qu’on doit aux romains cette invention si pratique. 

Exemple de reliures antiques sur codex et de rouleaux

Pour une raison difficile à comprendre, cet exemplaire du Notitia Dignitarum a été relié anciennement avec l’édition originale de l’Inclytorum Saxoniæ Sabaudiæque principum arbor gentilitia c’est-à-dire la généalogie des Princes de Savoie rédigée par Emmanuel-Philibert Pingon et publié en 1582. C’est d’ailleurs ce qui m’a fait l’acheter car si je connaissais bien l’ouvrage de Pingon, j’ignorais tout du Notitia Dignitarum. L’auteur de ce rapprochement voulait-il mettre en parallèle les institutions des Ducs de Savoie et l’organisation administrative de l’Antiquité ? ou bien est-ce le style très germanique des gravures du Pingon, notamment l’immense arbre généalogique qui s’étend sur plusieurs pages, qui aurait pu lui faire penser à Conrad Schnitt ou Hans Rudolf Manuel Deutsch et l’inciter à ce rapprochement ?

Voilà un mystère de plus…

Bonne journée,

Textor



[1] Signés * 8, a-o 6, p 4, q-r 6

[2] La liste des études sur l’ouvrage est longue, nous pouvons citer G. Clemente, La Notitia dignitatum, Cagliari, Sarda Fossataro, 1968 (En italien). Otto Seeck in Notitia dignitatum. Accedunt notitia urbis Constantinopolitanae et laterculi provinciarum. Berlin, Weidmann, 1876.  La liste des versions latines du texte et de leur traduction est consultable sur le site australien The Compilation Notitia Dignitatum : https://www.notitiadignitatum.org/

[3] Attribution communément admise mais certains experts estiment que le monogramme s’applique à Christoph Schweytzer.

[4] Léon Gruel - Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliures, Paris Robert Engelmann-Lahure, 1887.