lundi 13 juillet 2020

Commentaire non imprimé de la Coutume de Bretagne. (1718)

A l’approche des grandes vacances, choisissons de nous intéresser à la Bretagne, cette région fière de son bord de mer, de son air  iodé, indépendante dans ses opinions politiques et religieuses comme dans son droit coutumier. Ceux qui prennent les autoroutes sans péage de Bretagne en savent quelque chose, merci Anne de Bretagne !

J’ai sous les yeux un commentaire de cette coutume de Bretagne qui pose un petit problème d’attribution que la lecture des notices qui lui sont consacrées à la bibliothèque publique de Nantes ne semblent pas avoir résolu.

Qui est l’auteur du Commentaire sur la Coutume de Bretagne, non imprimé, rédigé (ou recopié ?) à Nantes en 1718 par un certain Maitre Guignard du Temple, Avocat, qui n’a pas laissé beaucoup de trace sur internet.

Le titre complet est : Commantaire Sur La Coutume De Bretagne, non Imprimé ; ou Il Est traitté De Plusieures Questions, De droit Et De Pratique, avec Les Arrests rendus Sur Icelles par Maitre**** Ancien Advocat au Parlement de Bretagne Et outre Plusieurs arrests tirés des mémoires Des Plus Celebres Advocats audit Parlement aussy non Imprimés, par Lesquels on void Le Changement qui Cest fait au Pallais Depuis La Refformation de La Coutume En 1580. (Paraphe) J’ay Ecrit Le Present En 1718 : Demeurant chéz monsieur Dumoulin Lainé Procureur au presidial Denantes. Du Temple Guignard. (Signature)

Dos de la reliure avec la mention de Morandière

Page de titre du manuscrit signée par Guignard du Temple

Dans le volume 10 des Annales de la Société Académique de Nantes et du Département de la Loire-Inférieure, 1839, page 222, on lit une notice sur les manuscrits de la bibliothèque publique de Nantes qui décrit un manuscrit de Maitre Morandière, ancien avocat au Parlement. C’est un commentaire sur les coutumes de Bretagne contenant plusieurs belles et utiles observations sur les ordonnances et sur les coutumes des provinces circonvoisines et avec un recueil de plusieurs nouveaux arrêts tiré des mémoires des plus célèbres avocats du parlement de Bretagne, 1711.

Comme la reliure de notre manuscrit reprend le nom de Morandière, il faut en déduire que le texte est retranscrit de ce mémoire.  

En fait, il existe trois manuscrits portant au titre « commentaire non imprimé » à la Bibliothèque de Nantes sous les n° 261, 262 et 263[1]. Ils paraissent très similaires au nôtre. Notamment le n°262 qui possède un titre quasi identique à ceci près qu’il mentionne le nom de l’auteur d’origine : « Commentaire sur la coutume de Bretagne, non imprimé, où il est traité de plusieurs questions de droit et de pratique, avec les arrests rendus sur icelles, par maistre Pierre Hévin, ancien advocat audit parlement de Bretagne » mais Emile Péhant, conservateur de la bibliothèque, remarque que cet ouvrage n°262, attribué par le copiste du no 261 à Maitre Morandière, ne saurait être entièrement de Pierre Hévin, ce dernier étant mort en 1692. La bibliothèque de Nantes précise dans sa fiche que l’ouvrage fut aussi attribué à Pierre Motais ou Motays.

Il était effectivement non imprimé en 1718 mais il ne le restera que très peu de temps car dès 1725, on trouve une version in-quarto imprimée.

Titre 1er Des justices et Juridictions, ministères et droits d'icelles

Guignard du Temple avais d’abord écrit dans le manuscrit : « J’ay transcrit le présent en 1718 », puis il a corrigé en « J’ay Ecrit le présent en 1718 », comme s’il voulait indiquer par là qu’il en était l’auteur, ce qui est peut-être en partie vrai s’il a rajouté des passages de son cru. Comme il est certainement à l’initiative de la reliure et que celle-ci porte une pièce de titre où il est encore indiqué Morandière et non Hévin ou Motay, il faut en déduire que le fond de l’ouvrage reste inspiré de ce célèbre avocat au Parlement.

Seul un passage par la Bibliothèque de Nantes, en prenant son temps pour comparer ligne à ligne les 3 manuscrits du fonds public avec le nôtre ainsi qu’avec l’édition de 1725, permettrait de trancher cette épineuse question : Qui a copié sur qui ?  Il serait aussi intéressant de savoir s’il y a autant de fautes d’orthographe dans les autres manuscrits car le nôtre est quasiment écrit en phonétique ce qui oblige le lecteur à lire à haute voix pour comprendre le sens des propos.

Ceci dit, cet ouvrage est un précieux témoignage du travail d’un avocat nantais qui a sans doute copié ce texte alors qu’il était encore stagiaire chez le procureur Dumoulin l’Aisné, puis l’a conservé pendant une grande partie de sa vie professionnelle. Il y est revenu régulièrement en mentionnant dans la marge les changements de jurisprudence et les commentaires de ses confrères. On y trouve notamment plusieurs références à Pierre Hévin et au célèbre conteur breton Noel du Fail, dont le recueil « Mémoires recueillis et extraicts des plus notables et solemnels Arrests du Parlement de Bretagne » (1579) parait avoir grandement marqué des générations d’avocats. Les commentaires en marge s'échelonnent de 1718 à 1724. Sans doute qu'après cette date, Maitre Guignard du Temple s'était procuré l'exemplaire imprimé de la Coutume de Bretagne. 

Référence à Noel du Fail

Les Mémoires des Notables Arrêts du Parlement de Bretagne par Noel Du Fail  

Bonne soirée,

Textor





 [1] https://ccfr.bnf.fr/portailccfr/servlet/ViewManager?menu=public_menu_view&record=eadcgm:EADC:D27010348&setCache=all_simple.PUBLIC_CATALOGUE_SIMPLE_MULTI&fromList=true&source=all_simple&action=public_search_federated&query=PUBLIC_CATALOGUE_SIMPLE



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